Visuel sur fond teal foncé : le chiffre 73 % en très grand, orange, à gauche ; à droite, en blanc, « des apprentis en…

On juge souvent l'apprentissage sur une seule photo : le taux d'emploi six mois après la sortie. C'est le chiffre qui circule dans les salons d'orientation et sur les plaquettes des CFA. Or une note publiée en juin 2026 par le service statistique de l'Éducation nationale (la DEPP) et celui du ministère du Travail (la Dares) propose une autre photo, prise deux ans plus tard. Et elle est nettement plus flatteuse.

Parmi les apprentis de niveau CAP à BTS sortis de formation en 2023, 73 % occupent un emploi salarié en juillet 2025. Six mois après leur sortie, ils n'étaient que 66 %. Sept points de plus en dix-huit mois : pour un CFA qui voit sortir 400 apprentis dans l'année, cela représente environ 28 jeunes de plus installés dans l'emploi, simplement parce qu'on leur a laissé le temps de trouver leur place.

Insertion des apprentis : 66 % à six mois, 73 % à deux ans

Ces chiffres viennent d'InserJeunes, le dispositif qui croise les inscriptions en formation avec les déclarations sociales des employeurs. Pas de questionnaire, donc pas de jeune qui oublie de répondre : on sait, pour chaque sortant, s'il est salarié à 6, 12, 18 et 24 mois. La note précise que l'insertion progresse surtout pendant la première année. Le léger creux à 18 mois s'explique par les métiers saisonniers, comme l'hôtellerie-restauration ou l'agriculture, où l'on travaille l'été et beaucoup moins en janvier.

Autre bonne nouvelle, plus discrète : ce résultat tient malgré une conjoncture moins porteuse. Six mois après leur sortie, les apprentis de 2023 étaient en retrait de 1,9 point sur la génération précédente. Deux ans après, l'écart n'est plus que de 0,4 point. Autrement dit, le retard du départ s'est presque entièrement rattrapé.

CAP, bac pro ou BTS : quel diplôme mène le plus à l'emploi ?

Tous les niveaux progressent entre les deux photos, et c'est le CAP qui gagne le plus : 59 % des sortants sont salariés à six mois, 70 % à deux ans, soit 11 points de mieux. Le baccalauréat professionnel passe de 68 % à 78 %, le brevet professionnel de 74 % à 78 %, le BTS de 69 % à 77 %.

Graphique en haltères sur une échelle de 0 à 100 % : pour chaque diplôme, un rond blanc cerclé de teal pour le taux…
Le CAP part de plus bas mais gagne 11 points en dix-huit mois. Source : DEPP et Dares, Note d'information n° 26.27.

Le brevet professionnel, souvent préparé par des jeunes déjà titulaires d'un CAP et bien installés dans leur entreprise, démarre haut et bouge peu. Le CAP, lui, illustre ce que tout formateur de premier niveau sait d'expérience : les plus jeunes ont parfois besoin d'un ou deux contrats courts avant de trouver le bon employeur. Les chiffres le confirment, le temps joue pour eux.

Un détail compte pour vos candidats : le diplôme lui-même. En moyenne sur ces quatre certifications, 78 % des diplômés sont en emploi à deux ans, contre 70 % de ceux qui n'ont pas obtenu le diplôme. Huit points, c'est l'écart entre un apprenti qui décroche son CAP et un autre qui le manque de peu.

CDI après l'apprentissage : la stabilité arrive aussi

Être salarié ne dit pas tout : encore faut-il savoir pour combien de temps. Deux ans après leur sortie, 48 % des apprentis sont en emploi à durée indéterminée, CDI ou fonctionnaire, soit 9 points de plus qu'à six mois. Et parmi ceux qui ont un emploi salarié, deux sur trois (66 %) sont en CDI.

Le plus encourageant tient dans les trajectoires. Les apprentis déjà en CDI à six mois le restent dans 77 % des cas. Ceux qui enchaînaient CDD et missions d'intérim sont 39 % à avoir décroché un CDI deux ans plus tard. Et même parmi ceux qui n'avaient aucun emploi salarié à six mois, près d'un sur quatre (23 %) est en CDI au bout de deux ans.

Trois barres horizontales sur une échelle de 0 à 100 %, sur fond vert très pâle : « Déjà en CDI à six mois », 77 %…
Même sans emploi à six mois, près d'un apprenti sur quatre est en CDI deux ans plus tard. Source : DEPP et Dares, Note d'information n° 26.27.

Côté CFA, un argument à montrer aux familles

Pour un CFA, ces chiffres changent la conversation avec les parents inquiets. Annoncer « deux apprentis sur trois ont un emploi six mois après », c'est honnête mais un peu sec. Ajouter « et près de trois sur quatre deux ans après, avec un CDI pour près de la moitié », c'est donner la vraie mesure d'un parcours. Côté employeur, la note rappelle aussi une réalité moins connue : seuls 27 % des apprentis sont encore salariés chez l'employeur de leur apprentissage six mois après, et 19 % deux ans après. Former un apprenti, c'est donc souvent former pour toute une branche, pas seulement pour soi.

Côté apprenti, un premier poste n'est pas un verdict

Pour le jeune, le message est encore plus simple : un premier semestre difficile ne dit rien de la suite. Un apprenti de CAP qui n'a pas trouvé d'emploi en janvier n'est pas « sorti du jeu ». Les données montrent qu'une bonne partie de ces situations se règlent dans l'année qui suit, souvent après un CDD ou une mission d'intérim qui sert de tremplin.

Taux d'emploi InserJeunes : ce que l'indicateur ne compte pas

Une bonne nouvelle mérite d'être lue avec ses angles morts, et celle-ci en a trois.

  • Seul l'emploi salarié est compté. Un jeune coiffeur qui s'installe à son compte, un boulanger qui reprend un fonds ou un apprenti parti travailler en Suisse apparaissent comme « sans emploi salarié ». Dans l'artisanat, le taux réel est donc probablement un peu plus élevé que celui affiché, sans qu'on puisse dire de combien.
  • Seuls les sortants sont suivis. Une autre note de la DEPP, publiée en décembre 2025, rappelle que 39 % des apprentis de dernière année poursuivent leurs études l'année suivante, presque toujours en apprentissage. Ils ne figurent pas dans ces taux.
  • La conjoncture pèse sur la génération suivante. Les sortants de 2024 n'étaient que 62 % en emploi salarié à six mois, en recul de 3,2 points. Leur photo à deux ans sera peut-être moins flatteuse. Et l'écart entre hommes (75 %) et femmes (71 %) persiste, en grande partie parce que les femmes sont plus nombreuses dans les formations de services, où le taux d'emploi à deux ans est plus bas (70 %, contre 77 % dans la production).

Trois usages concrets pour votre CFA

  1. Affichez le taux à deux ans, pas seulement celui à six mois. Les indicateurs InserJeunes de chaque CFA, à 6, 12, 18 et 24 mois quand les effectifs le permettent, sont publiés en données ouvertes sur data.gouv.fr. Récupérez les vôtres et montrez la progression dans vos réunions d'information.
  2. Mettez le paquet sur l'obtention du diplôme. Huit points d'insertion séparent diplômés et non diplômés. Examens blancs, repérage des décrochages au deuxième trimestre, tutorat renforcé avant les épreuves : chaque diplôme sauvé se lit deux ans plus tard dans l'emploi.
  3. Gardez le contact avec vos sortants sans emploi. Près d'un sur quatre sera en CDI deux ans après. Un appel à six mois et un autre à un an, avec trois offres de votre réseau d'entreprises, peuvent accélérer ce chemin, et nourrissent au passage votre réseau d'employeurs.

Prochaine note InserJeunes : la date à guetter

Si le calendrier des deux dernières années se répète, la DEPP publiera vers juin 2027 la photo à deux ans des sortants de 2024, ceux qui avaient connu un démarrage plus difficile. Ce sera le vrai test : voir si, comme leurs aînés, ils rattrapent leur retard. Pour mesurer ce qui se joue côté financement d'ici là, relisez notre point sur l'aide à l'apprentissage en 2027, et, pour la face la plus brillante de la voie professionnelle, nos cinq médaillés de Shanghai.