Grille de 32 carrés sur fond blanc, un par métier de l'équipe de France : 4 carrés orange clair (or), 6 orange…

Fin septembre, pendant que l'actualité de la formation parlait surtout de budgets, 36 jeunes Français travaillaient de leurs mains à Shanghai, chronomètre en marche. C'était la 48e compétition mondiale des métiers, les WorldSkills : environ 1 400 compétiteurs venus de 73 pays, 64 métiers, quatre jours d'épreuves du 23 au 26 septembre 2026. L'équipe de France en est revenue avec 28 médailles : 4 en or, 1 en argent, 5 en bronze et 18 médailles d'excellence, réparties sur 32 métiers.

Pour ce premier numéro de « Ils l'ont fait », nous avons choisi cinq d'entre eux, dans cinq régions et cinq métiers qui n'ont rien à voir. Leur point commun tient en un mot que les organismes de formation connaissent bien : le parcours. CAP, bac pro, BTS, apprentissage chez un employeur qui libère des heures d'entraînement. Aucun n'est arrivé là par hasard, et c'est précisément ce qui rend leur histoire utile à tous ceux qui forment.

WorldSkills France : de 800 finalistes à 36 sélectionnés

Une médaille mondiale se prépare deux ans à l'avance. Il faut d'abord gagner une sélection régionale, puis les finales nationales, qui se sont tenues du 16 au 18 octobre 2025 au parc Chanot de Marseille : près de 800 jeunes de moins de 23 ans dans 67 métiers, et 229 médaillés à l'arrivée, selon Centre Inffo. Seuls 36 ont ensuite été retenus dans l'équipe de France, soit moins d'un finaliste national sur vingt.

Trois barres horizontales à l'échelle : une longue barre teal « Compétiteurs, finales nationales, près de 800 », une…
Moins d'un finaliste de Marseille sur vingt a pris l'avion pour Shanghai. Source : Centre Inffo, WorldSkills France.

Une précision pour lire la suite : la médaille d'excellence n'est pas un lot de consolation. Elle récompense un compétiteur qui atteint le niveau attendu au plan mondial sans monter sur le podium. L'équipe de France en a remporté dix-huit, de la cybersécurité à la boulangerie.

1. Bâtir une cabane en quatre jours, Benjamin Blegean (Grand Est)

À 20 ans, Benjamin Blegean est champion du monde de charpente. Le Petit Journal de Shanghai résume son épreuve en une image : une cabane complète, plancher, murs et toiture, tracée, taillée et assemblée en quatre jours. Il arrivait avec six années de charpente derrière lui et le soutien des Compagnons du Devoir de Troyes, qui l'ont accompagné dans sa préparation, en refaisant des sujets d'anciennes éditions pendant plusieurs années.

Son parcours suit l'escalier classique de la compétition. Médaille d'or aux finales nationales de Marseille en octobre 2025, selon le palmarès publié par le CCCA-BTP, il signe à Shanghai l'or mondial en charpente, la plus haute marche pour les métiers du bâtiment français cette année. Pour les centres de formation du bâtiment, c'est une démonstration concrète que la charpente, métier de tracé et de géométrie autant que de force, se transmet encore au meilleur niveau mondial.

2. Imprimer une pince en 3D, Alexis Aubert (Provence-Alpes-Côte d'Azur)

Alexis Aubert, 21 ans, est champion du monde de fabrication additive, le nom savant de l'impression 3D industrielle. Son parcours n'a rien de linéaire, et c'est ce qui le rend précieux : après le bac, un BUT génie mécanique à Toulon, puis une réorientation en BTS conception de produits industriels, où il découvre l'impression 3D lors d'un cours de prototypage, enfin un bachelor de chargé de projet en ingénierie numérique, en alternance chez Airbus Helicopters, qui l'a embauché depuis.

L'épreuve de Shanghai a duré 22 heures sur quatre jours : concevoir un système de serrage rapide autour d'un tube carbone, avec une pièce métallique imprimée par un sous-traitant au Japon et une pièce plastique clipsée sur la poignée, le tout contrôlé sur un gabarit du jury. Il estime sa préparation à « au moins 500 » heures, interviewé par 3Dnatives. Côté employeur, c'est un vrai investissement : six à sept semaines pleines d'entraînement et des après-midi libérés. Côté apprenti, c'est un titre mondial et un CDI. Vice-champion de France un an plus tôt, il prouve aussi qu'une deuxième place n'est jamais une fin.

3. Poser cloisons et enduits, Enzo Delpech (Bretagne)

Enzo Delpech, 21 ans, plaquiste en Ille-et-Vilaine, est vice-champion du monde en plâtrerie et constructions sèches, la seule médaille d'argent française de cette édition. Son parcours est celui de l'apprentissage par excellence : CAP puis brevet professionnel au CFA de la Chambre de métiers de Fougères, en alternance chez STOA, une entreprise de Cesson-Sévigné. C'est son formateur de Fougères qui lui a suggéré de se lancer en compétition, environ deux ans avant l'échéance.

Deuxième des sélections régionales en 2023, il remporte celles de Saint-Brieuc en février 2025, puis le titre national à Marseille. À Shanghai, l'épreuve s'étale sur quatre jours : une maquette, des enduits avec quatre niveaux de finition et un module de vitesse, où il perd quelques points le dernier jour. Il fait partie des rares compétiteurs à finir sa maquette dans les temps, selon la Fédération française du bâtiment. Sa préparation a mobilisé un expert métier, des stages en CFA à Blois et à Plérin, des entraînements chaque vendredi et samedi depuis janvier, et un employeur qui lui a laissé ses vendredis.

4. Coudre un boléro en drapé, Manon Pouivet (Pays de la Loire)

Manon Pouivet, 22 ans, a décroché le bronze en mode et création. Son épreuve, décrite par le Petit Journal et par China Daily : un boléro, une jupe très volumineuse et des modules complémentaires, avec une évaluation du croquis et du drapé, cette technique qui consiste à construire le vêtement directement sur le mannequin, tissu en main.

Son parcours est un plaidoyer pour les filières de la couture : CAP, bac pro (où elle est élue Meilleure apprentie de France), BTS puis licence professionnelle. Elle avait manqué de peu le podium national en 2023, et elle est revenue. Sa préparation s'est faite au rythme de séances hebdomadaires sur des sujets blancs préparés par son coach, avec une semaine intensive en avril 2026 au lycée Tocqueville de Cherbourg. Pour un formateur, la leçon est limpide : l'échec d'une première sélection n'est pas un verdict, c'est souvent la première marche.

5. Façonner un meuble en 22 heures, Antonin Magnat (Nouvelle-Aquitaine)

Antonin Magnat, 20 ans, revient de Shanghai avec une médaille d'excellence en ébénisterie. Son épreuve : un meuble complet réalisé en 22 heures réparties sur trois jours et demi. Tout a commencé par un stage de troisième chez un luthier, où il découvre la marqueterie, l'art d'assembler de fines feuilles de bois de couleurs différentes pour composer un motif.

Suivent un CAP, un brevet des métiers d'art, puis un brevet technique supérieur en ébénisterie, achevé en juin dernier, et quatre années de compétition. Le Petit Journal souligne un détail qui parlera à tous les formateurs : son ancien professeur, devenu enseignant dans son établissement, l'a suivi tout au long de l'aventure. Une médaille d'excellence en ébénisterie, c'est aussi la preuve que les métiers d'art, souvent jugés confidentiels, forment des jeunes capables de rivaliser avec les meilleurs ateliers du monde.

Équipe de France des métiers : une carte qui déborde de Paris

Ces cinq portraits ne sont pas une exception géographique. Sur les 28 médailles, le Grand Est et les Pays de la Loire en totalisent cinq chacun, devant l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Bretagne et la région Sud, à quatre. Les autres médailles d'or sont allées à Juliette Avrillon en coiffure (Normandie) et au binôme Justin Kress et Corentin Mathieu en jardinier-paysagiste (Grand Est).

Dix barres horizontales à l'échelle, une par région : Grand Est 5 et Pays de la Loire 5 en orange, puis en teal…
Neuf régions médaillées, l'Île-de-France loin derrière. Source : WorldSkills France, palmarès du 27 septembre 2026.

Il faut le dire honnêtement : 28 médailles, c'est moins que les 37 de Lyon en 2024, où la France jouait à domicile et avait fini troisième nation. La Suisse, avec 12 médailles et 23 médailles d'excellence, est cette fois la première nation européenne. Mais un bilan de compétition ne mesure pas la santé d'une filière. Il mesure ce que des jeunes, leurs formateurs et leurs employeurs ont accepté d'investir en heures, et de ce point de vue, Shanghai est une très bonne nouvelle.

Former un champion des métiers : trois gestes pour les CFA

  1. Repérez tôt, accompagnez longtemps. Enzo Delpech s'est lancé sur une suggestion de son formateur, deux ans avant Shanghai. Les sélections régionales se préparent en CFA : un formateur qui propose, c'est souvent tout ce qui manque.
  2. Faites de l'employeur un coéquipier. Vendredis libérés chez STOA, après-midi libérés chez Airbus Helicopters : sans ces heures, pas de médaille. Parlez-en dès la signature du contrat d'apprentissage, l'entreprise y gagne en image et en savoir-faire.
  3. Entraînez sur des sujets réels et chronométrés. Sujets d'anciennes éditions, épreuves blanches hebdomadaires : les cinq médaillés ont appris à produire vite et juste sous le regard d'un jury. C'est une méthode que n'importe quel plateau technique peut reprendre, compétition ou pas.

Les prochains rendez-vous de la compétition des métiers

Deux dates à noter : les Abilympics, la compétition des métiers ouverte aux personnes en situation de handicap, du 10 au 14 mai 2027 à Helsinki, puis les EuroSkills du 22 au 26 septembre 2027 à Düsseldorf. Pour la prochaine compétition nationale, renseignez-vous auprès de votre Région sur le calendrier des sélections : c'est le moment d'en parler à vos apprentis. Pour mesurer la diversité des diplômes en jeu, relisez aussi notre sélection de cinq métiers rares qui ont leur diplôme.