Depuis le début de l'année 2026, les infirmières et infirmiers libéraux vivent avec deux obligations de formation en parallèle. La première est ancienne : le développement professionnel continu, le DPC, qui se compte par périodes de trois ans et dont une nouvelle période s'est ouverte le 1er janvier 2026. La seconde est plus récente et longtemps restée théorique : la certification périodique, créée en 2021, qui ne disait pas concrètement quelles actions étaient attendues. C'est désormais chose faite. Un arrêté du 26 février 2026, publié au Journal officiel le lendemain, fixe les référentiels de chaque profession de santé à ordre, dont celui de l'infirmier diplômé d'État.
Résultat : beaucoup de cabinets se posent la même question, souvent entre deux tournées. « Qu'est-ce que je dois faire, avant quand, et qui paie ? » Plutôt qu'un exposé juridique, nous avons pris trois profils types, avec leurs dates et leurs chiffres. Avant cela, deux minutes pour remettre les deux obligations à leur place.
Deux obligations, deux horloges
Le DPC est inscrit dans le Code de la santé publique (article L. 4021-1). Il s'impose à tous les professionnels de santé, salariés comme libéraux. Sur chaque période de trois ans, l'infirmière doit justifier d'un parcours : soit celui recommandé par le conseil national professionnel de sa profession, soit au moins deux actions de nature différente (formation, évaluation des pratiques, gestion des risques), dont une au moins dans les orientations prioritaires nationales. Ces orientations, fixées pour 2023-2025, ont été prolongées pour 2026 puis pour 2027 : les thèmes connus restent donc valables.
La certification périodique a été créée par l'ordonnance n° 2021-961 du 19 juillet 2021 pour sept professions à ordre, dont les infirmiers. Elle répond à une autre logique : il ne s'agit plus seulement de se former, mais de prouver, sur une période longue, que l'on a entretenu ses compétences sous quatre angles. La période dure six ans. Par exception, ceux qui étaient déjà inscrits à l'Ordre avant le 1er janvier 2023 disposent d'une première période de neuf ans, qui se termine donc le 31 décembre 2031. C'est l'Ordre national des infirmiers qui contrôle, et un manquement peut avoir des suites disciplinaires.
Les deux horloges ne s'additionnent pas autant qu'on le craint. Le référentiel infirmier reconnaît explicitement les actions menées au titre du DPC : une formation DPC suivie en 2026 compte à la fois pour la période triennale et pour la certification, dans l'axe auquel elle se rattache. Une bonne formation continue pour infirmiers et infirmières se choisit donc désormais avec deux questions en tête : est-elle prise en charge au titre du DPC, et dans quel axe de la certification se range-t-elle ? Une même journée bien choisie peut cocher les deux cases.
Ce que demande le référentiel infirmier
Le référentiel de l'infirmier diplômé d'État figure à l'annexe 6 de l'arrêté. Il a été préparé par le conseil national professionnel infirmier (CNPI) et reprend les quatre axes fixés par la loi. Sa règle est simple à retenir : deux actions au minimum par axe et par période, quel que soit le mode d'exercice, soit huit actions au total.
Les exemples d'actions sont nombreux, et c'est une bonne nouvelle pour les libéraux, qui ne disposent pas des dispositifs internes d'un hôpital. Pour l'axe 1, une formation dans les orientations prioritaires, un diplôme universitaire ou une intervention dans un institut de formation. Pour l'axe 2, un audit clinique, un groupe d'analyse des pratiques, la rédaction d'un protocole ou la participation aux travaux qualité d'une maison de santé ou d'une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Pour l'axe 3, une formation à la relation d'aide, à la prévention des violences ou à la collaboration avec les patients experts. L'axe 4, enfin, est la vraie nouveauté : il porte sur la santé de l'infirmière elle-même, avec par exemple la gestion de la charge mentale ou la prévention des risques du métier.
Ce qui change pour vous, cas par cas
Les trois profils ci-dessous sont des cas types, construits pour illustrer la règle. Les dates et les montants, eux, sont ceux des textes et du barème 2026 de l'Agence nationale du DPC.
Cas 1 : Claire, libérale conventionnée depuis 2012
Claire est inscrite à l'Ordre depuis bien avant 2023. Elle a deux échéances. Pour le DPC, elle doit boucler son parcours 2026-2028 d'ici le 31 décembre 2028. Pour la certification, elle a jusqu'au 31 décembre 2031 pour réunir ses huit actions. Les actions qu'elle a suivies depuis le 1er janvier 2023 comptent déjà : elle a tout intérêt à rassembler dès maintenant ses attestations, car la plateforme nationale qui doit retracer les actions de chacun, « Ma Certif'Pro Santé » (créée par un décret du 26 décembre 2025), n'est pas encore ouverte.
Côté financement, Claire est dans le cas le plus favorable. Comme infirmière libérale conventionnée, elle a droit en 2026 à 14 heures de DPC prises en charge par l'ANDPC. Pour chaque heure suivie en présentiel ou en classe virtuelle, l'Agence règle les frais pédagogiques à l'organisme et lui verse 38 € pour compenser sa perte de revenu, soit au plus 532 € sur l'année.
Un détail compte beaucoup : depuis 2026, les unités de formation continue suivies en ligne, sans présence ni classe virtuelle, ne donnent plus droit à indemnisation. L'organisme est toujours payé (28,50 € de l'heure), mais Claire, elle, ne touche rien. Pour une libérale qui ferme son cabinet une demi-journée, la différence se chiffre : 4 heures en classe virtuelle lui rapportent 152 € d'indemnisation, 4 heures en ligne 0 €. Autres conditions à connaître : l'action doit durer au moins trois heures, être suivie en entier, et un dimanche ou un jour férié n'est pas indemnisé.
Cas 2 : Yanis, diplômé en 2024, installé en libéral en 2026
Yanis s'est inscrit à l'Ordre après le 1er janvier 2023. Pour lui, pas de période de neuf ans : sa première période de certification dure six ans à compter de son inscription. Inscrit en septembre 2024, il devra avoir réalisé ses huit actions d'ici septembre 2030, soit un an et quelques mois avant Claire, alors qu'il a commencé huit ans après elle. Le paradoxe n'est qu'apparent : la période de neuf ans était un délai de transition accordé à ceux qui exerçaient déjà.
Sa bonne stratégie est de faire travailler chaque action deux fois. Une formation DPC sur une orientation prioritaire nourrit à la fois son parcours triennal et l'axe 1 de sa certification. Un groupe d'analyse des pratiques animé dans sa CPTS peut couvrir l'axe 2. Et puisqu'il démarre son activité, une formation sur la gestion de la charge de travail en libéral trouve naturellement sa place dans l'axe 4.
Cas 3 : Inès, infirmière remplaçante
Inès remplace plusieurs titulaires dans sa région. Les obligations sont les mêmes pour elle : DPC tous les trois ans et certification périodique. En revanche, l'ANDPC ne finance pas les remplaçants, qui ne sont pas conventionnés en propre avec l'Assurance maladie. Inès peut toujours s'inscrire à une action de DPC, mais sans prise en charge ni indemnisation par l'Agence.
Sa voie de financement passe plutôt par le fonds d'assurance formation des professions libérales, le FIF-PL, auquel elle cotise par sa contribution à la formation professionnelle. Le fonds publie chaque année ses critères de prise en charge pour la profession infirmière : thèmes retenus, plafond, part autorisée du e-learning. Il faut les consulter avant de s'inscrire, et s'assurer que l'organisme choisi est certifié Qualiopi.
Le point de vue des organismes de formation
Pour les organismes qui forment des soignants, ces textes changent la manière de présenter une offre. Un programme ne se vend plus seulement par son thème : l'infirmière veut savoir s'il est référencé au DPC, sous quelle orientation, dans quel axe de la certification il se range, et quelle attestation elle recevra pour le prouver à l'Ordre. Le passage de l'e-learning à l'indemnisation zéro pousse aussi vers la classe virtuelle, qui garde les 38 € de l'heure tout en évitant le déplacement. Le besoin, lui, ne faiblit pas : France Stratégie et la Dares comptaient les infirmiers et sages-femmes parmi les métiers qui créent le plus d'emplois d'ici 2030, avec 113 000 créations nettes, comme nous le rappelions dans notre article sur les métiers d'avenir à l'heure de l'IA.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Rassemblez vos preuves depuis 2023. Attestations de DPC, diplômes universitaires, comptes rendus de groupes de pratiques : classez-les par axe, en attendant l'ouverture de « Ma Certif'Pro Santé ». Vérifiez aussi que vos coordonnées sont à jour auprès de l'Ordre, c'est par elles que vous serez prévenue de la création de votre compte.
- Utilisez vos 14 heures de 2026. Le droit de tirage de l'ANDPC est annuel : les heures non consommées au 31 décembre ne se reportent pas. Privilégiez le présentiel ou la classe virtuelle si l'indemnisation compte pour vous.
- Choisissez des actions qui comptent deux fois. Avant chaque inscription, demandez à l'organisme l'orientation DPC visée et l'axe de certification correspondant. Huit actions sur neuf ans, ou sur six, c'est peu si chacune est bien placée.





