Le 23 septembre 2026, Les Échos ont révélé une mesure qui figure dans les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027 : la somme qu'un salarié doit sortir de sa poche pour utiliser son compte personnel de formation passerait de 150 à 350 euros. L'objectif affiché est budgétaire, entre 300 et 350 millions d'euros d'économies pour le ministère du Travail.
Disons-le tout de suite, parce que c'est la première question que tout le monde se pose : rien n'est voté. Le projet de loi de finances sera discuté au Parlement cet automne et le vote définitif n'interviendra pas avant la fin de l'année. Une entrée en vigueur se ferait au mieux début 2027.
La participation forfaitaire, en deux phrases
Quand un salarié s'inscrit à une formation avec ses droits CPF, il ne paie plus la totalité avec ses droits depuis mai 2024 : une somme fixe reste à sa charge, quel que soit le prix de la formation. On l'appelle la participation forfaitaire obligatoire, ou plus simplement le reste à charge. Elle se paie par carte bancaire au moment de l'inscription, et elle n'est pas prise sur le compteur de droits.
Ce forfait peut être pris en charge par l'employeur, ou par l'opérateur de compétences (OPCO) de la branche, quand ceux-ci soutiennent le projet du salarié. En pratique, la plupart des inscriptions individuelles se font sans ce relais, et c'est bien le salarié qui paie.
Le chemin parcouru en deux ans
| Date | Montant | Texte |
|---|---|---|
| 2 mai 2024 | 100 € | décret n° 2024-394 du 29 avril 2024 |
| 1er janvier 2025 | 102,23 € | revalorisation annuelle sur l'inflation |
| 1er janvier 2026 | 103,20 € | revalorisation annuelle sur l'inflation |
| 2 avril 2026 | 150 € | décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 |
| 2027, envisagé | 350 € | projet de loi de finances, non voté |
Un détail technique qui a son importance pour la suite : l'article R. 6323-2 du code du travail prévoit que ce montant est fixé par décret, et revalorisé chaque 1er janvier sur l'indice des prix. Le passage de 100 à 150 euros en avril 2026 n'a donc pas eu besoin d'une loi : un décret a suffi. C'est la raison pour laquelle il faudra surveiller, en fin d'année, non seulement le vote du budget mais aussi la publication du décret qui fixera le montant pour 2027.
Qui échapperait à la hausse
Selon Les Échos, le projet ne concerne pas tout le monde. Resteraient exonérés de toute participation les demandeurs d'emploi inscrits à France Travail, les bilans de compétences, la validation des acquis de l'expérience (VAE) et les projets de transition professionnelle.
Un second groupe resterait au forfait actuel plutôt que de passer à 350 euros : les formations qui mènent à des métiers en tension de recrutement ou qui relèvent de secteurs jugés stratégiques, cités comme la défense, l'industrie, la souveraineté alimentaire, la transition écologique, le numérique et le médico-social. La liste précise de ces métiers et de ces secteurs n'est pas publiée à ce stade, et c'est probablement le point le plus lourd de conséquences du dispositif : selon l'endroit où sera tracée la frontière, un même catalogue peut se retrouver entièrement à 150 euros ou entièrement à 350.
Les Échos mentionnent également un questionnaire automatique préalable à l'inscription, destiné à évaluer la maturité du projet professionnel, avec renvoi vers un opérateur de conseil en cas de réponses jugées incohérentes. Cette partie du dispositif est la moins documentée à ce jour.
Le même chiffre, vu de deux endroits
Vu d'un salarié
Le forfait ne dépend pas du prix de la formation, et c'est là que la mesure fait le plus mal. Prenons la formation la plus souscrite en 2025, le permis B : 1 110 euros en moyenne pour 18 heures, selon les données publiées par la Caisse des dépôts. Avec un forfait à 150 euros, le salarié avance 13,5 % du prix. À 350 euros, il en avance 31,5 %, soit près d'un tiers, alors que ses droits couvrent toujours le reste.
Sur un dossier moyen, l'écart se lit autrement. Le coût moyen d'un dossier CPF s'est établi à 1 785 euros en 2025 pour 79 heures de formation. Passer de 150 à 350 euros, c'est ajouter 200 euros à une dépense déjà consentie, au moment précis où la personne clique pour s'inscrire. Pour un salarié au SMIC, 200 euros représentent environ deux jours de salaire net.
Vu d'un organisme de formation
La question n'est pas de savoir si le reste à charge fait baisser les volumes : on le sait déjà, la première hausse l'a démontré. En 2025, 1,2 million de dossiers ont été souscrits sur Mon compte formation, contre environ 1,38 million en 2024, soit une baisse de 11 %. Et surtout, la part des formations encore intégralement financées par les droits du titulaire est tombée de 61 % à 35 % en un an.
Pour un organisme, cela se traduit par un phénomène très concret : le panier abandonné. La personne consulte la fiche, se projette, arrive à l'écran de paiement, et renonce. Un organisme qui remplit 20 sessions de 10 stagiaires par an, soit 200 inscriptions, perd 20 inscriptions par tranche de 10 % d'abandon supplémentaire. Si son prix moyen est de 1 500 euros, cela représente 30 000 euros de chiffre d'affaires.
Deux réflexes utiles dès maintenant, indépendamment du sort parlementaire de la mesure. Le premier : regardez si vos certifications mènent à des métiers réputés en tension ou relèvent des secteurs cités, car cette qualification déterminera votre forfait. Le second : identifiez, parmi vos inscrits, la part des demandeurs d'emploi. Les données 2025 de la Caisse des dépôts montrent qu'ils représentent déjà 42 % des souscriptions, en hausse de 8 points, précisément parce qu'ils sont exonérés. Un catalogue dont la clientèle est majoritairement salariée est nettement plus exposé qu'un autre.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances. Le dépôt du projet de loi de finances et son examen en commission cet automne, qui diront si la mesure survit aux débats. La publication de la liste des métiers en tension et des secteurs stratégiques, qui décidera du sort de chaque catalogue. Et le décret de fin d'année fixant le montant applicable en 2027, qui reste le véritable texte d'application.
Le CPF est déjà passé par plusieurs resserrements successifs, du reste à charge de 100 euros au plafonnement des prises en charge. Pour les organismes qui se demandent encore quelle place donner à ce financement dans leur modèle, la question posée dans notre article faut-il vraiment s'investir sur le CPF n'a rien perdu de son actualité.





