Escalier de cinq marches teal sur fond blanc, de gauche à droite, dont la hauteur est proportionnelle à la durée de…

On nous répète que les métiers de demain seront numériques, et c'est sans doute vrai. Mais pendant ce temps, des gens apprennent à souder sous l'eau, à cintrer du chêne au feu, à accorder un piano à l'oreille ou à donner une voix à un orgue. Ces métiers n'ont rien de folklorique : chacun a sa fiche à France compétences, sa durée de formation et ses employeurs qui cherchent. Ils ont aussi un point commun qui devrait parler à tous les organismes de formation : personne ne leur fait la guerre des prix, parce que presque personne ne sait les enseigner.

Pour ce quatrième numéro de la rubrique, nous avons choisi cinq métiers rares et cinq régions, en ne retenant que des chiffres publiés par les certificateurs, les centres de formation ou les organisations professionnelles. Dans l'ordre de la durée de formation, du plus court au plus long.

1. Souder à 50 mètres sous l'eau, scaphandrier travaux publics (Brech, Morbihan)

Le scaphandrier travaux publics ne va pas voir les poissons : il coule du béton, soude, découpe et inspecte des ouvrages immergés, ports, barrages, piles de ponts. Le métier a son titre professionnel du ministère du Travail, de niveau CAP, dont la version actuelle (fiche RNCP41910) a été fixée par un arrêté du 2 décembre 2025 et court jusqu'en 2031.

Pour y entrer, il faut avoir 18 ans et déjà posséder le certificat d'aptitude à l'hyperbarie de classe II mention A, qui autorise les interventions jusqu'à 50 mètres de profondeur. Ensuite, la formation dure environ quatre mois : 525 heures à l'Afpa, dont 420 heures de technique, 70 heures en entreprise et 35 heures de certification. La prochaine session du centre de Brech, dans le Morbihan, ouvre le 4 janvier 2027.

Les chiffres de la promotion 2024 publiés sur la fiche de France compétences sont de ceux qu'on aimerait voir partout : 99 personnes certifiées, dont deux par la VAE, 96 % en emploi six mois plus tard, 92 % dans le métier visé. Limite honnête : à deux ans, seuls 27 % exercent encore comme scaphandriers, signe d'un métier physique que l'on pratique souvent quelques années avant de bifurquer vers la supervision ou la sécurité.

2. Travailler suspendu à une corde, cordiste (Grenoble, Isère)

Le cordiste nettoie les façades de tours, purge les falaises au-dessus des routes de montagne, inspecte les éoliennes et accroche les structures des festivals. Sa certification s'appelle désormais « CQP Travailler sur cordes, niveau initial », l'ancien CQP cordiste, délivrée par France Travaux sur Cordes, le syndicat professionnel, avec la commission paritaire du bâtiment et des travaux publics. Le parcours proposé par le Greta de Grenoble en 2026 compte 608 heures en centre et 105 heures en entreprise, soit environ quatre mois à temps plein. Un niveau confirmé, puis deux certifications d'encadrement enregistrées au répertoire spécifique en 2024, complètent l'échelle.

Le secteur vient de se compter. Le recensement 2025 publié le 2 février 2026 par France Travaux sur Cordes recense 902 entreprises, dont 848 qui ne font que cela, et 11 384 emplois : 6 552 salariés et 4 832 intérimaires, pour un chiffre d'affaires qui dépasse 1,15 milliard d'euros. La formation suit : 1 978 CQP ont été délivrés en 2025, et le nombre d'admis au niveau confirmé est passé de 276 à 419 en un an.

3. Tendre l'oreille sur 88 touches, accordeur de pianos (Le Mans, Sarthe)

Un piano se dérègle, se désaccorde, s'use. Quelqu'un doit le remettre au diapason, régler sa mécanique, remplacer cordes et marteaux. Ce quelqu'un a un CAP accordeur de pianos, fiche RNCP36339, délivré par l'Éducation nationale et enregistré jusqu'au 31 août 2027. L'Institut technologique européen des métiers de la musique, l'ITEMM, au Mans, le prépare sous une forme peu commune : une formation intensive de neuf mois sur 35 semaines, dont 21 semaines à l'institut, 2 semaines à distance et 12 semaines de stage en entreprise, avec des cabines individuelles et plus de 100 pianos sur le plateau technique.

Le même institut forme les luthiers de guitare, les réparateurs d'accordéons et les facteurs d'instruments à vent, en apprentissage sur deux ans ou en un an à temps plein, par promotions de douze places. Les débouchés sont ceux que l'on imagine, ateliers, manufactures, magasins de musique, et ceux que l'on oublie : les conservatoires et les écoles de musique ont des parcs d'instruments à entretenir toute l'année.

4. Donner une voix à l'orgue, facteur d'orgues (Eschau, Bas-Rhin)

Il n'existe qu'un seul centre en France pour apprendre ce métier, et il est en Alsace. Le Centre de formation de la facture d'orgues d'Eschau, créé en 1985 et géré par la Chambre de métiers d'Alsace, prépare le bac professionnel artisanat et métiers d'art, facteur d'orgues, avec deux options : organier, celui qui conçoit et monte l'instrument, et tuyautier, celui qui fabrique et harmonise les tuyaux. La fiche RNCP41001, de niveau bac, a été renouvelée pour les parcours commencés depuis le 1er septembre 2025 et vaut jusqu'en 2030.

La formation se fait en trois ans d'apprentissage, à raison d'une douzaine de semaines par an au centre, le reste chez un maître d'apprentissage. L'équipe est à l'image du métier, petite et spécialisée : quatre personnes à la pédagogie, six à l'administration et cinq professeurs d'enseignement général. Dès 2012, Centre Inffo relevait que la Région finançait à elle seule 132 226 euros d'un budget annuel estimé à 271 153 euros. Un centre unique pour tout un pays, c'est aussi cela, un métier rare : une filière entière qui tient sur quelques salles de classe et un atelier.

5. Cintrer le chêne au feu, tonnelier (Cognac, Charente)

Le tonnelier fabrique et répare les fûts dans lesquels vieillissent vins et eaux-de-vie. Le métier a eu droit à un diplôme tout neuf : le CAP tonnelier, créé par un arrêté du 5 mai 2023, fiche RNCP37671 enregistrée jusqu'au 31 août 2028, dont la première session d'examen s'est tenue en 2025. Deux ans en apprentissage, après la troisième. L'Onisep recense trois établissements en France : le CFA agricole de la Gironde à Blanquefort, les Compagnons du Devoir en Bourgogne et CMA Formation à Cognac.

Cognac, justement, a posé le 9 septembre 2025 la première pierre d'un Centre de formation et d'innovation de la tonnellerie, un investissement de 6,2 millions d'euros porté par la Chambre de métiers et de l'artisanat avec la Région Nouvelle-Aquitaine, pour une ouverture à la rentrée 2026. Sa particularité : un atelier dédié aux grands contenants, foudres et cuves tronconiques, un savoir-faire qui, selon les maîtres tonneliers charentais, ne s'enseignait jusqu'ici qu'à l'intérieur des entreprises. Le contexte n'est pas facile, et il faut le dire : la filière, qui emploie 3 000 à 3 500 personnes, a vendu un peu plus de 540 000 fûts entre avril 2024 et mars 2025, 15 % de moins qu'un an plus tôt. C'est précisément dans ces moments qu'une filière investit dans la formation : quand le marché se tend, le savoir-faire fait la différence.

Ce que ces cinq métiers nous enseignent

D'abord qu'un métier rare n'est pas un métier flou. Les cinq ont une fiche à France compétences, une durée écrite noir sur blanc et un certificateur identifiable. La rareté porte sur le nombre de places et de centres, jamais sur la rigueur du parcours.

Ensuite que la durée n'est pas une fatalité. Quatre mois suffisent pour devenir scaphandrier ou cordiste quand on arrive avec les prérequis, neuf mois pour accorder des pianos, et il faut trois ans pour un orgue. Pour un conseiller en évolution professionnelle ou un organisme qui accompagne des reconversions, c'est une information précieuse : les métiers rares ne sont pas tous des engagements de longue haleine.

Enfin que la formation protège de la concurrence. Un centre unique en France, trois CFA pour tout un diplôme, douze places par promotion : ces organismes ne se battent pas sur le tarif, ils se battent sur la qualité du geste transmis. Pour un organisme de formation généraliste, la leçon est transposable sans aller sous l'eau : plus votre offre est spécifique et vérifiable, moins elle est interchangeable. Et si vous cherchez une idée de nouvelle filière, regardez ce que les entreprises de votre territoire n'arrivent plus à transmettre en interne. À Cognac, c'est devenu un bâtiment de 6,2 millions d'euros.