Vous prenez l'ascenseur ce matin ? Quelqu'un l'a révisé, et cette personne a peut-être un BTS que presque personne ne connaît. Le cheval du centre équestre voisin marche droit grâce à un CAP agricole. La plume du costume de scène, elle, a peut-être été travaillée par une ancienne élève du seul lycée de France qui prépare à ce CAP. Point commun de ces métiers : des diplômes d'État, deux ans de formation dans le parcours classique, et une offre si mince qu'on peut compter les écoles sur quelques dizaines de doigts, parfois sur un seul.
Pour ce nouveau numéro de la rubrique, voici cinq métiers rares dans cinq territoires, classés du plus grand nombre d'établissements au plus petit. Les comptages viennent des listes de l'Onisep, l'organisme public d'information sur l'orientation, relevées le 31 octobre 2026.
1. Lire un plan 3D pour tailler la pierre, tailleur de pierre (Felletin, Creuse)
On imagine le maillet et le ciseau. Ils sont là, mais le CAP tailleur de pierre (fiche RNCP38310, enregistrée jusqu'au 31 août 2028) enseigne aussi les machines à commande numérique, la maquette 3D et l'histoire des styles d'architecture : difficile de refaire une corniche si l'on ne sait pas de quel siècle elle vient. Vingt-quatre établissements le préparent en France, du lycée des métiers du bâtiment de Felletin, dans la Creuse, à ceux de Remiremont, Arras ou Royan, ainsi que l'institut Roches en Sidobre, dans le Tarn, au pays du granit.
L'Onisep décrit une pénurie de main-d'œuvre qualifiée : les jeunes diplômés trouvent sans trop de peine, surtout dans les entreprises du bâtiment, les programmes de restauration des monuments historiques et, plus discrètement, chez les marbriers funéraires. Salaire d'entrée indiqué : à partir de 1 867 euros brut par mois. Modeste, mais l'échelle existe, jusqu'à chef de chantier ou conducteur de travaux.
2. Faire redémarrer 637 000 appareils, ascensoriste (Falaise, Calvados)
C'est la bonne surprise de ce numéro, repérée dans notre veille : le lycée Guillaume le Conquérant de Falaise propose le BTS maintenance des systèmes, option D « systèmes ascenseurs et élévateurs », en apprentissage et sur deux ans, une ouverture annoncée par la presse locale pour la rentrée 2026. L'Onisep recense 20 établissements pour ce BTS.
Le besoin est là. France Travail compte 637 000 appareils en service, entre 17 000 et 20 000 salariés dans le secteur et 1 000 à 1 500 recrutements par an. Le même dossier avance que 100 % des diplômés obtiennent un CDI dans une entreprise adhérente de la Fédération des ascenseurs. Prudence sur ce chiffre : il vient de la profession, et l'Onisep indique que les effectifs du BTS sont trop faibles pour produire des statistiques d'insertion. Le salaire de départ est donné à partir de 1 868 euros brut par mois, et le métier mêle mécanique, électricité, électronique et tablette de diagnostic.
3. Ferrer en comprenant la biomécanique, maréchal-ferrant (Gardanne, Bouches-du-Rhône)
Le CAP agricole maréchal-ferrant (fiche RNCP38388, enregistrée jusqu'au 31 décembre 2028) se prépare en deux ans dans 17 établissements, de Laval à Verdun en passant par la Lozère. Au centre d'Aix-Valabre, à Gardanne, on compte 12 semaines par an au centre, à 35 heures par semaine, et le reste en entreprise, en partenariat avec le centre équestre des Pinchinats. On y parle locomotion et biomécanique autant que forge : le fer doit servir le confort du cheval autant que ses performances.
Le métier est de ceux qu'on exerce à son compte, et les chiffres le montrent. Certif Info, la base publique des certifications, estime à 1 700 les maréchaux-ferrants actifs, dont 1 500 chefs d'entreprise et 200 salariés, fonctionnaires compris. La même fiche décrit un léger regain des besoins, dans une filière cheval qui a progressé de 1 à 2 % par an sur dix ans. Autrement dit, ce CAP mène souvent à devenir son propre patron, comptabilité comprise.
4. Réparer une montre à complications, horloger (Morteau, Doubs)
Sept établissements préparent le CAP horlogerie (fiche RNCP37896, enregistrée jusqu'au 31 août 2028), et deux d'entre eux sont à Morteau, à deux pas de la Suisse : le lycée Edgar Faure, lycée des métiers de l'horlogerie, et l'antenne du Greta-CFA du Haut-Doubs. Les autres sont à Paris, Rennes, Saint-Sébastien-sur-Loire, Joué-lès-Tours et Bar-le-Duc.
Ici, le CAP n'est souvent qu'un début. Parmi les apprentis, 74 % poursuivent une formation six mois après, et 86 % dans la voie scolaire. Les spécialisations ne manquent pas, jusqu'à la formation « montres à complication » recensée par l'Onisep. Et l'horloger ne finit pas forcément derrière un comptoir : les microtechniques intéressent l'aéronautique et le matériel médical. Salaire d'entrée donné par l'Onisep : à partir de 1 868 euros brut par mois.
5. Friser une plume au couteau, plumassier (Paris)
Le CAP plumasserie (fiche RNCP39134, enregistrée jusqu'au 31 août 2029) détient le record de ce numéro : un seul établissement en France, le lycée professionnel Octave Feuillet, dans le 16e arrondissement de Paris. Deux ans pour apprendre à laver les plumes brutes au bain savonneux, les sécher à la vapeur, les teindre à chaud, les parer et les friser au couteau, puis les monter sur tiges, les coudre ou les tisser.
Les débouchés sont aussi étroits que précieux : ateliers artisanaux indépendants, ateliers intégrés de la haute couture et du spectacle vivant. Personne ne publie ici de statistique d'insertion ni de salaire, et nous n'en inventerons pas. Reste ce fait, précieux et un peu vertigineux : pour ce CAP, tout un geste tient à une seule adresse.
Apprentis de CAP : pourquoi si peu en emploi à six mois ?
Regardez les chiffres d'InserJeunes, le dispositif public qui suit les sortants de formation : six mois après le CAP par apprentissage, 19 % des tailleurs de pierre, 20 % des maréchaux-ferrants et 16 % des horlogers sont en emploi salarié. Lu trop vite, cela ressemble à un échec. Lu correctement, c'est autre chose : 62 à 74 % sont encore en formation, parce que le CAP est souvent la première marche d'un parcours. Et le compteur « autres cas » mêle les demandeurs d'emploi aux indépendants, ce qui pèse dans un métier où l'on travaille surtout à son compte. Ces données ne disent donc rien du métier exercé trois ans plus tard.
Ouvrir une formation rare : trois leçons pour votre organisme
Du côté de l'employeur, ces cursus répondent à un risque simple : un savoir-faire sans relève. Du côté du jeune, ils offrent un métier peu concurrencé, mais un salaire d'entrée modeste, autour de 1 870 euros brut selon l'Onisep, et parfois la nécessité de s'installer. Un organisme de formation ou un CFA peut en tirer trois gestes.
- Partez d'une liste Onisep plutôt que d'une intuition. Moins de dix établissements dans une spécialité où des entreprises cherchent : voilà une piste à creuser.
- Cherchez d'abord les employeurs. Falaise propose son BTS en apprentissage : sans entreprises d'accueil dans le bassin, une telle ouverture reste théorique.
- Soyez précis sur l'insertion. Pour un public qui s'installe à son compte, expliquez ce que les statistiques ne mesurent pas plutôt que de promettre un chiffre rond.




