Barres horizontales empilées : part des 15-24 ans en emploi, en vert pour ceux qui travaillent pendant leurs études…

Jeudi 10 septembre 2026, la Dares, le service statistique du ministère du Travail, a publié ses comparaisons européennes de l'emploi pour l'année 2025. Le chiffre qui a fait les titres concerne les jeunes : 35 % des 15-24 ans ont un emploi en France. C'est exactement la moyenne de l'Union européenne, et c'est très loin des Pays-Bas (76 %), du Danemark (60 %) et, dans une moindre mesure, de l'Allemagne (51 %).

La Dares ajoute une précision qui intéresse directement les CFA : la hausse enregistrée depuis 2005 est « intégralement concentrée sur la période récente », soit cinq points depuis 2018, en lien avec la réforme de l'apprentissage. Nous sommes allés vérifier dans les données d'Eurostat, l'enquête européenne sur les forces de travail sur laquelle repose l'étude. Le résultat est encore plus net que la formule.

D'abord, ce que mesure ce taux

Le taux d'emploi obéit à une règle simple : sur 100 jeunes de 15 à 24 ans, combien ont un emploi pendant la semaine de l'enquête, quelle que soit sa durée. Peu importe qu'ils soient par ailleurs lycéens, étudiants ou apprentis. Un apprenti a un contrat de travail : il compte comme un jeune en emploi. Un étudiant qui ne travaille pas, lui, ne compte pas, sans être pour autant au chômage.

C'est pour cela qu'un pays peut afficher un taux faible sans que ses jeunes soient en difficulté : s'ils font des études à temps plein sans travailler à côté, ils font baisser le taux. Garder cette mécanique en tête évite de lire « 35 % » comme « 65 % de jeunes sans solution ». En chiffres ronds, 2 747 800 jeunes de 15 à 24 ans avaient un emploi en France en 2025, sur une classe d'âge de 7 967 300 personnes.

Treize ans de surplace, puis un décollage

Les séries d'Eurostat racontent une histoire en deux temps. En 2005, 30,3 % des jeunes Français avaient un emploi. En 2018, ils étaient 30,1 %. Treize ans sans progrès, avec même un creux à 28,3 % en 2015. Puis la courbe décolle : 32,2 % en 2021, 34,6 % en 2022, 34,5 % en 2025. Eurostat mesure une hausse de 4,4 points entre 2018 et 2025, la Dares l'arrondit à cinq.

Traduit en personnes, c'est considérable : 486 600 jeunes en emploi de plus en 2025 qu'en 2018 (2 747 800 contre 2 261 200). Une partie vient simplement de la croissance de la classe d'âge, qui a gagné environ 360 000 personnes : au taux de 2018, cela aurait fait à peu près 110 000 emplois de jeunes supplémentaires. Les quelque 380 000 restants viennent de la hausse du taux elle-même.

Sur la même période, le nombre d'apprentis a été multiplié par 2,4 : 429 900 fin 2017, 1 021 500 fin 2023, selon l'Insee. La coïncidence de calendrier est frappante, mais une coïncidence ne prouve rien. La décomposition, si.

La preuve par la décomposition

Eurostat publie une table qui coupe les jeunes en emploi en deux groupes : ceux qui travaillent tout en étant en études ou en formation, et ceux qui travaillent après avoir terminé leurs études. Les apprentis sont dans le premier groupe, aux côtés des étudiants qui ont un emploi à côté. C'est de cette table qu'est tiré le visuel de cet article.

Part des 15-24 ansEn emploi et en formationEn emploi, études terminéesTotal
Pays-Bas, 202557,8 %18,2 %76,0 %
Danemark, 202541,6 %18,7 %60,3 %
Allemagne, 202529,4 %21,3 %50,7 %
Moyenne UE, 202517,4 %17,0 %34,4 %
France, 202517,8 %16,4 %34,2 %
France, 201813,3 %16,4 %29,7 %

Regardez la colonne du milieu pour la France : 16,4 % en 2018, 16,4 % en 2025. Pas un dixième d'écart. Toute la hausse, soit 4,5 points, se trouve dans la première colonne, celle des jeunes qui travaillent en se formant. Autrement dit, l'emploi des jeunes n'a pas progressé parce que les jeunes diplômés trouveraient plus facilement un poste : il a progressé parce que davantage de jeunes signent un contrat pendant leur formation. Et dans ce groupe, la catégorie qui a explosé sur la période, ce sont les apprentis.

Une précision, par honnêteté : les totaux de cette table ne coïncident pas exactement avec le taux d'emploi publié dans une autre table d'Eurostat (34,2 % contre 34,5 % pour la France en 2025). Ce sont deux tableaux distincts, et l'écart de quelques dixièmes ne change rien à la lecture.

Pourquoi les Pays-Bas sont à 76 %

La même table éclaire l'écart avec nos voisins. Sur 100 jeunes Néerlandais, 58 travaillent pendant leurs études ou leur formation. Sur 100 jeunes Français, 18. En revanche, la part des jeunes en emploi après leurs études est proche d'un pays à l'autre : 16 en France, 18 aux Pays-Bas, 19 au Danemark, 21 en Allemagne.

C'est l'explication que retient la Dares : dans ces pays, cumuler formation et emploi est beaucoup plus fréquent. Travailler pendant ses études, en apprentissage ou avec un emploi à côté, y est la situation courante. En France, elle reste minoritaire.

La Dares relève aussi une faiblesse qui, elle, ne tient pas au modèle d'études. La part des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, ceux que les statisticiens appellent les « NEET », atteint 11,0 % des 15-24 ans en France, contre 9,0 % en moyenne dans l'Union. Cela représente environ 876 000 jeunes. L'insertion sur le marché du travail reste plus difficile en France, et la Dares plaide pour améliorer la transition entre les études et l'emploi.

Le palier : depuis 2022, plus rien ne bouge

Voici le point que les titres de jeudi n'ont pas relevé. La hausse a eu lieu entre 2020 et 2022. Depuis, le taux fait du surplace : 34,6 % en 2022, 34,9 % en 2023, 34,4 % en 2024, 34,5 % en 2025. Le moteur tourne toujours, il n'accélère plus.

Et les indicateurs qui annoncent la suite vont dans le mauvais sens. Selon la Dares, 846 700 contrats d'apprentissage ont débuté en 2025, 5 % de moins qu'en 2024, et le nombre de contrats en cours est redescendu à 1 017 500 fin 2025, en recul de 3 %. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 21,1 %, deux points de plus en un an, et la Dares signalait une baisse de l'emploi particulièrement marquée chez les jeunes en alternance. Le contexte, nos lecteurs le connaissent : une aide à l'embauche tombée à 750 euros pour certaines entreprises, et la suppression annoncée des dotations de l'État aux Régions pour les CFA en 2027.

L'objectif de 40 % en 2030, faisons le calcul

Le 7 mai 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a présenté « Emploi futur », une stratégie interministérielle de quinze mesures. Son objectif affiché : porter le taux d'emploi des 15-24 ans à 40 % d'ici 2030, contre 34,3 % fin 2025. Les ministères signataires précisaient que ces mesures ne demandaient ni évolution législative ni budget supplémentaire.

Faisons le calcul. À population constante, 40 % de 7,97 millions de jeunes, cela fait 3,19 millions de jeunes en emploi, soit environ 440 000 de plus qu'en 2025, en cinq ans. Pour comparaison, la hausse du taux entre 2018 et 2025 a représenté environ 380 000 jeunes en emploi, en sept ans, avec un nombre d'apprentis multiplié par 2,4 et des aides à l'embauche bien plus élevées qu'aujourd'hui. Faire mieux, plus vite, sans moyens supplémentaires et pendant que les entrées en apprentissage reculent : l'équation mérite d'être posée franchement.

Deux lectures, et elles ne se contredisent pas

Côté CFA et organismes de formation, ces chiffres sont un argument de poids. En vingt ans, la seule progression de l'emploi des jeunes est passée par la formation en situation de travail. Quand une Région, un OPCO ou un élu interroge le coût de l'apprentissage, la réponse ne se limite plus à un nombre de contrats : elle se lit dans un indicateur européen, suivi par Eurostat, sur lequel la France a rattrapé la moyenne.

Côté finances publiques, la lecture est plus froide, et il faut l'entendre. La colonne « études terminées » n'a pas bougé. L'apprentissage a fait entrer plus tôt dans l'emploi des jeunes qui étudient, dont 62 % préparaient un diplôme du supérieur en 2023 selon l'Insee, contre 39 % en 2017. Mais la part des jeunes en emploi après leurs études, elle, n'a pas progressé. Pour un financeur, la question est donc de savoir combien de ces contrats auraient de toute façon débouché sur un emploi, avec ou sans aide publique.

Côté jeunes, le cumul a un avantage concret : un salaire, une expérience inscrite sur le CV et un employeur qui connaît déjà la personne à la sortie. Il a aussi une fragilité, que la Dares mesure : 22 % des contrats d'apprentissage commencés en 2024 ont été rompus dans leurs neuf premiers mois, contre 17 % en 2019. La porte d'entrée existe, elle ne tient pas toujours.

Ce qu'un CFA ou un organisme de formation peut en faire

Mettre ces chiffres dans vos dossiers. Demande de financement à la Région, rendez-vous avec l'OPCO, réponse à un appel à projets : le tableau ci-dessus tient en quelques lignes et vient d'Eurostat. Il pèse plus lourd qu'un taux d'insertion calculé en interne.

Travailler la rupture autant que le recrutement. Prenons un CFA qui fait entrer 300 apprentis dans l'année. Avec 22 % de ruptures dans les neuf premiers mois, il perd 66 contrats. Revenir au niveau de 2019, 17 %, en sauverait 15. Quinze contrats maintenus, ce sont quinze jeunes qui restent dans la colonne des emplois, et autant de prises en charge qui ne s'arrêtent pas en cours de route.

Préparer vos données d'insertion. La stratégie « Emploi futur » annonce un « InserScore » pour les formations professionnelles, dont les modalités restent à préciser. Les établissements qui suivent déjà finement le devenir de leurs sortants auront une longueur d'avance le jour où cet indicateur sera publié.

Regarder du côté des jeunes sans solution. Les 876 000 jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation sont le vrai gisement. Pour ceux qui ont entre 16 et 29 ans, l'entrée en CFA sans employeur pendant trois mois reste possible : nous avons expliqué comment utiliser cette règle à la rentrée.

Ce qu'il faut surveiller

Trois rendez-vous. Le projet de loi de finances pour 2027, cet automne : Jean-Pierre Farandou a dit vouloir faire de la jeunesse la priorité de son ministère dans ce budget, et c'est là que l'on verra si l'objectif de 40 % s'accompagne de moyens. Les chiffres de l'apprentissage 2026, que la Dares publie habituellement en février : ils diront si le recul de 2025 s'est prolongé. Et les données européennes 2026, attendues l'an prochain : si le taux d'emploi des jeunes décroche de son palier de 34 à 35 %, on saura que le moteur qui a fait tout le travail depuis 2018 est en train de caler.